Zoïko, jeu de cartes sur la biodiversité

Zoïko : quand un jeu de cartes fait aimer la biodiversité

19 août 2026 Interviews d’auteurs

Un appel à candidatures refusé, deux créateurs qui n’abandonnent pas, et l’envie de faire aimer la nature : voici comment est né Zoïko, un jeu de cartes qui met la biodiversité française — forêt, rivière, montagne, mer — entre vos mains. Récit d’une aventure d’autoédition faite de défis relevés les uns après les autres, du premier refus à une campagne Ulule financée à plus de 250 %.

Quentin Pillot, créateur de ZoïkoAliénor Simon-Guschemann, créatrice de Zoïko

Quentin Pillot & Aliénor Simon-Guschemann — les créateurs de Zoïko (studio Les Ingérables).

La graine — Un refus, un déclic

Je suis Quentin Pillot et, avec ma collègue Aliénor Simon-Guschemann, nous avons créé Zoïko : un jeu de cartes rapide, à partir de 8 ans et jouable en duo, brillamment illustré par Solveig Colomb.

En septembre 2024, un appel à candidatures du Parc National des Calanques tombe à pic : on aime les animaux, on aime jouer, on aime transmettre. Et ça tombe bien, c’est justement notre métier — dans notre entreprise, Les Ingérables, nous créons des outils ludo-éducatifs pour les musées et les centres de recherche, afin de les aider à vulgariser leurs travaux auprès du grand public. Un ami nous fait alors découvrir Altered, et l’idée fuse : et si on faisait un jeu de cartes à collectionner sur les animaux ? On sait bien que Bioviva explore déjà la nature en jeu… mais, avec l’enthousiasme des débuts, on se dit « nous, on va faire mieux ! ».

Dossier bien ficelé, on candidate. Réponse : NON — nous étions une entreprise, et non une association.

« Et pourquoi pas continuer ? »

Malgré ce refus, l’idée nous semblait trop belle pour l’abandonner. On décide de se lancer — mais en élargissant le projet à toute la biodiversité française. Reste un point qui nous chiffonne : un jeu de cartes à collectionner, ce n’est pas idéal pour la planète. On fait donc un choix fort : tourner le dos au modèle « à collectionner » pour concevoir un jeu complet et autonome — une seule boîte, et tout est là. Avec, au cœur, une mécanique originale, en phase avec nos valeurs : elle permet aux joueurs de faire la différence entre les espèces résilientes et les autres.

♻️ La résilience, c’est la capacité d’une espèce à revenir sur son territoire après une perturbation.

C’est même de là qu’est venu le tout premier nom du jeu : Résilience. On y reviendra.

🎯 Notre objectif : un jeu complet et simple à comprendre, avec peu de matériel — des cartes, uniquement des cartes — et facile à produire. Et surtout, accessible au plus grand nombre.

La germination — Des tests et un public

On a fait beaucoup de tests avant de trouver la mécanique qui nous convenait. De là, on a créé un premier prototype avec des images libres de droit trouvées sur internet, et on a commencé à le faire tester autour de nous. Ces retours nous ont permis d’affiner la mécanique, d’ajuster certains pouvoirs de cartes et la répartition des points.

Assez fiers, en tout cas, pour le présenter à un plus large public : on l’a emmené en festivals, surtout dans le sud de la France. Les premiers vrais retours — notamment au Festival des jeux de Cannes 2025 — sont clairs : le jeu plaît beaucoup à certains… et pas à d’autres. On comprend alors une chose essentielle : on ne peut pas plaire à tout le monde. Alors on assume et on cible — les fans de biodiversité, les familles, les instituteurs — quitte à ne pas viser les gros joueurs.

Ces retours nous ont aussi montré que notre façon de gérer les écosystèmes était un peu trop sage, voire ennuyeuse. On a donc revu la mécanique pour que chaque écosystème ait sa propre stratégie et ses propres effets : le jeu y a gagné en profondeur, sans rien perdre de sa simplicité.

Côté nom, justement — on y revient. Résilience, c’était juste sur le fond… mais pas très sexy, et ça ne parlait pas aux joueurs. Il nous fallait quelque chose de plus ludique, facile à retenir. On a fini par trouver : Zoïko.

🦉 Fun Fact
Zoïko, c’est tout simplement le mot grec pour « animal » : on l’a déniché en s’amusant à traduire… et adopté aussitôt.

Une partie de Zoïko en cours autour d'une table
Zoïko à l’épreuve de la table : une partie en cours.

Quatre écosystèmes — Au cœur du jeu

Concrètement, Zoïko se joue avec des cartes réparties en quatre écosystèmes : forêt, rivière, montagne et mer — chacun avec sa stratégie propre. Chaque carte est un animal ou un végétal : on pose ses cartes, on construit ses territoires, et on glisse quelques coups bas à l’adversaire grâce aux pouvoirs — échanger un territoire, transformer une de ses cartes, ou l’obliger à mélanger sa main et à repiocher. Simple à prendre en main, malin, et jamais méchant.

Mais la vraie signature de Zoïko, c’est son humour : chaque espèce a droit à sa petite phrase, aussi vraie que taquine.

🃏 Des cartes qui ont de l’esprit
🧄 L’ail des ours : « le répulsif parfait contre les vampires ! »
🐦 Le martin-pêcheur : il plonge jusqu’à 4 m/s — « un vrai missile à plumes ! »
🪶 Le pic noir : il choisit l’arbre qu’il percussionne selon sa sonorité — « un vrai mélomane ! »
🌸 L’edelweiss : « si tu la croises, demande-lui un autographe… mais ne la cueille pas ! »

Une partie de Zoïko : forêt, rivière, montagne et mer
Les quatre écosystèmes de Zoïko : forêt, rivière, montagne et mer.

La floraison — Des espèces justes, un trait qui claque

Restait à trouver LA personne qui donnerait vie à tout ça. On lance un appel d’offres en s’attendant à très peu de réponses… et on en reçoit une cinquantaine ! On a épluché les books, beaucoup réfléchi, contacté quelques artistes… avant de dénicher la perle rare, celle qui nous avait compris : Solveig Colomb.

Restait ensuite à préciser QUOI illustrer. On avait une idée des animaux et des végétaux qu’on voulait, mais pas de liste exacte. Pour les végétaux, une amie chercheuse, Mary Robles, nous a bouclé la sélection très vite — l’affaire de deux heures. Pour les animaux, c’était plus compliqué : personne dans notre entourage ne pouvait nous aider… jusqu’au festival Frames, à Avignon, où l’on rencontre Céline Bouquet, photographe animalière. Elle accepte de nous suivre : ce sont ses photos qui serviront de référence.

On confie alors toutes ces références à Solveig. Il faut trancher mille détails pour mettre les espèces en valeur — couleur des cartes, coins droits ou arrondis, titres, icônes, points…

🎨 Fun Fact
Aliénor ne rigole pas avec les bordures ! Coins, cadres, alignements… il a fallu s’y reprendre de (très) nombreuses fois avant de valider le design des cartes.

Deux mois plus tard, les 64 illustrations du jeu étaient là.

Les cartes chamois de Zoïko, illustrées par Solveig Colomb
Le chamois, une espèce de l’écosystème montagne — illustration de Solveig Colomb.

La récolte — Le grand saut : Ulule et la production

Le prototype tenait enfin la route : on a contacté des éditeurs. Peu de réponses, et quand il y en avait une, ça ne collait pas. On a donc décidé, très vite, de passer à l’autoédition — sans se douter de toutes les étapes (et de tous les coûts) qui allaient en découler : tout faire de A à Z, de la conception à l’impression et à la distribution.

On lance la campagne Ulule en septembre 2025, sur une plateforme française et sécurisée. Et là, c’est l’euphorie : en 2 jours seulement, on est déjà à 80 % de l’objectif ! On se dit que c’est plié, que le 100 % est pour le lendemain…

…sauf que la courbe ralentit d’un coup. Les jours défilent, on rafraîchit la page, on doute un peu : il faudra finalement 17 jours de plus — 19 au total — pour franchir la barre des 100 %. Un vrai ascenseur émotionnel. Mais une fois le cap passé, l’élan repart de plus belle : au terme des 30 jours, Zoïko est financé à plus de 250 %, porté par les joueurs, notre entourage et notre communication sur les réseaux.

Le jeu peut voir le jour !

Après toutes ces émotions, on lance la production de 2000 boîtes. Et là encore, quand la palette arrive avec tous ces exemplaires… waouh. C’est une vraie fierté d’avoir mené ce projet au bout. On continue de le faire jouer partout en festival — Nuit des Étoiles, Foire de Marseille, Festival des jeux de Cannes, Festival du jeu d’Istres, Marti’games… — et la majorité des joueurs l’achètent après une partie : il est plutôt bien accueilli.

La boîte de Zoïko
La boîte de Zoïko, avec sa fouine emblématique.

Il a aussi fallu trouver un distributeur. Et là : très, très compliqué. Beaucoup de refus — on n’est « personne », on n’a pas de nom, pas de premier jeu, et les distributeurs sont plutôt frileux. On a enchaîné les rendez-vous, essuyé des « stop »… puis, entre-temps, on en a trouvé un. Mais ça, ça a été très dur.

L’écosystème — Zoïko, et après ?

Au final, le jeu est sorti assez vite — 1 an entre le projet et sa sortie — et on a réussi à toucher le public. On a gardé notre motivation jusqu’au bout, et aujourd’hui c’est toujours un plaisir de faire découvrir Zoïko et de voir l’enthousiasme des joueurs. Pour la suite, on imagine plusieurs opus, jouables seuls ou en complément du jeu de base, sur les différents parcs de France — à commencer par les Calanques.

Avec le recul, cette aventure aura été une longue série de défis : un refus pour commencer, des retours en demi-teinte, des éditeurs qui ne suivent pas, un distributeur introuvable, mille détails à trancher… À chaque fois, il a fallu encaisser, s’adapter et repartir.

♻️ Des refus, des doutes, des étapes inattendues… mais on est toujours revenus. Un peu comme les espèces de notre jeu.

🃏 Si le jeu était une personne…
il serait très empathique, attentif aux autres et à leur bien-être. Et sans doute assez discret : un petit jeu que peu de gens connaissent, mais qui se faufile et finit par trouver sa place.

« Mon compagnon déteste les jeux de société… et là, il a adoré le vôtre ! »

Ce genre de phrase, on l’a entendue plusieurs fois. Et c’est sans doute la plus belle des récompenses.

Et la boucle est bouclée : tout a commencé par un appel du Parc National des Calanques, sur la faune et la flore de ce territoire… et c’est justement là que l’aventure se poursuit, avec Zoïko Calanques, le tout premier opus consacré aux Calanques.

Zoïko Calanques, le prochain opus
Zoïko Calanques : cap sur la faune et la flore des Calanques.

🌿 Zoïko Calanques arrive !
Les préinscriptions sont ouvertes sur Ulule → www.ulule.com/zoikocalanques-lejeu

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Les informations de cet article proviennent de sources variées : auteurs, éditeurs et recherches personnelles.

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